Grèce

Reprise des négociations avec la Troïka, nouvelles purges austéritaires sur les retraites et la fiscalité, grève générale… Où en est la Grèce de Tsipras, moins d’un an après le « non » au référendum, et quelles sont les résistances aux saignées à venir ?…suite sur Regards.fr

 Lu sur le blog de Yanis Varoufakis :

“Notre appareil d’État a été très endommagé par la Troïka. Laissez-moi vous donner un exemple. Il existe le Fonds hellénique de stabilité financière, qui est une émanation du Fonds Européen de Stabilité Financière [FESF].
C’est un fonds qui contenait initialement 50 milliards € – au moment où j’en pris connaissance, il n’était plus doté que de 11 milliards € – dans le but de recapitaliser les banques grecques.
Bien que ministre des Finances, je n’ai pas pu choisir son directeur, et je n’arrivais pas à avoir un impact sur la façon dont le fonds menait ses affaires vis-à-vis des banques grecques. Le peuple grec qui m’avait élu n’avait donc aucun contrôle sur la façon dont l’argent qu’ils avaient emprunté allait être utilisé.
J’ai découvert à un moment donné que la loi qui constituait le FESF me donnait un seul pouvoir, qui était celui de déterminer le salaire de ces personnes.
Je me rendis compte que les salaires de ces fonctionnaires étaient monstrueux selon les standards grecs. Dans un pays où tant de gens ont faim et où le salaire minimum a chuté à 520 € par mois, ces gens gagnaient quelque chose comme 18 000 € par mois.
Je décidai donc, puisque j’en avais le droit, d’exercer ce pouvoir. J’ai utilisé une règle très simple. Les pensions et les salaires ayant baissé en moyenne de 40% depuis le début de la crise, j’ai promulgué un arrêté ministériel par lequel je réduisais les salaires de ces fonctionnaires de 40%. C’était encore un salaire énorme, un énorme salaire.
Vous savez ce qui est arrivé ?
J’ai reçu une lettre de la Troïka disant que ma décision avait été annulée car elle n’avait pas été suffisamment motivée.
Ainsi, dans un pays dans lequel la Troïka insiste pour que les personnes bénéficiant d’une pension de 300 € par mois vivent désormais avec 100 €, la Troïka refusait ma proposition de réduction des coûts, niant ma capacité en tant que ministre des Finances à réduire les salaires de ces personnes ».

CADTM :

« Les Grecs ne paient pas leurs impôts et ont vécu au-dessus de leurs moyens » : FAUX ET ARCHI FAUX !

15 juillet 2015 par Olivier Bonfond , Thanos Contargyris

CC – flicker

Dans les médias dominants, on entend souvent que la crise en Grèce serait notamment due au fait que les Grecs ne paient pas leurs impôts. Mieux : ne pas payer ses impôts en Grèce serait un sport national. Cette affirmation ne résiste pas à l’examen des faits : la grande majorité des citoyennes et citoyens grecs paient leurs impôts. En effet, en 2009, 77,5 % des contribuables étaient des salariés ou des pensionnés, et payaient donc leurs impôts directement à la source !

« Les Grecs ne paient pas leurs impôts » : FAUX !

Il ne s’agit aucunement de nier que l’administration fiscale grecque puisse être déficiente à certains niveaux, mais on ne peut certainement pas en conclure que les travailleuses et travailleurs grecs ne paient pas leurs impôts. En réalité, ce sont essentiellement les grandes entreprises et les citoyens grecs fortunés qui eux ont pu, de manière légale ou illégale, éviter de payer des impôts.

« Les Grecs ont vécu au-dessus de leurs moyens » : ARCHI FAUX !

Depuis plusieurs années, que ce soit à la télé, à la radio ou dans la presse écrite, nous entendons que s’il y a une crise de la dette en Grèce, c’est parce que l’État aurait gaspillé l’argent et beaucoup trop dépensé, pour les salaires, les pensions, les services publics, etc. Les Grecs auraient donc profité depuis trop longtemps d’un système bien trop favorable et totalement insoutenable du point de vue des finances publiques. Bref, les Grecs auraient vécu au-dessus de leurs moyens.

Cette affirmation est également fausse : sur la période 1995-2009, les dépenses publiques en Grèce ont été en moyenne de 48% du PIB, ce qui est inférieur à la moyenne des dépenses publiques des onze pays ayant adopté l’euro en 2000 (48,5%) |1|. L’État grec, n’a donc pas plus dépensé que les autres États de la zone euro. La dette publique grecque ne provient pas d’un excès de dépenses sociales, mais bien des 8 facteurs suivants :

1) Des taux d’intérêt très élevés payés aux créanciers. Ces intérêts ont profité directement aux grandes banques privées européennes, en particulier françaises, allemandes, hollandaises, mais aussi grecques. Ce facteur représente environ 65 % de l’augmentation de la dette entre 1980 et 2007.

2) Des dépenses militaires excessives, dont beaucoup sont marquées d’irrégularités, de fraude et de corruption, et qui ont profité directement aux vendeurs d’armes, en particulier allemands et français.

3) Des contrats surfacturés ou frauduleux obtenus via la corruption de la classe politique grecque qui a gouverné le pays avant 2015 par de grandes entreprises étrangères. Citons par exemple l’entreprise allemande Siemens, qui est accusée – tant par la justice allemande que grecque- d’avoir versé des pots de vin au personnel politique, militaire et administratif grec pour un montant d’environ 1 milliard d’euros. Le principal dirigeant de la firme Siemens, qui a reconnu avoir « financé » les deux grands partis grecs (PASOK et Nouvelle Démocratie), s’est enfui en 2010 en Allemagne et la justice allemande a rejeté la demande d’extradition introduite par la Grèce |2|.

4) Des réformes fiscales socialement injustes, en particulier la diminution de l’imposition sur les bénéfices des sociétés, qui est passée de 40 % en 1995 à 25 % en 2009, et qui a permis aux grandes entreprises d’éviter légalement de payer des impôts.

5) Une administration fiscale corrompue et un système de collecte de l’impôt déficient, essentiellement au bénéfice des grandes entreprises et du 1% le plus riche de la population grecque qui, via des pots de vin, ne payaient pas leur dû.

6) Des fuites illicites de capitaux, estimées à 200 milliards d’euros rien que pour la période 2003-2009. Ajoutons que cette évasion fiscale a été favorisée par le système mis en place par l’Union Européenne. Joseph Stiglitz, prix Nobel d’économie, déclare : « Les dirigeants européens et occidentaux critiquent la Grèce pour son incapacité à collecter l’impôt. Dans le même temps, les occidentaux ont créé un système d’évasion fiscale mondial… et les pays avancés essayent de contrer l’effort global pour stopper l’évasion fiscale. On ne peut pas être plus hypocrite |3| »

7) Les prêts dit de « sauvetage » de 2010 et 2012 qui n’ont pas servi à aider la Grèce, mais bien à sauver les banques grecques et étrangères (en particulier françaises, allemandes et hollandaises) qui avaient spéculé sur la dette grecque. Plus de 80% des 240 milliards de prêts faits à la Grèce dans le cadre des deux memoranda 2010 et 2012 ne sont jamais arrivés en Grèce, mais sont repartis directement dans les coffres de ces quelques grandes banques privées.

8) Les politiques d’austérité qui n’ont fait qu’aggraver la situation. Il existe en effet un lien direct entre, d’une part, l’application des mesures d’austérité et, d’autre part, la récession économique et l’augmentation de la dette. Ajoutons que le FMI lui-même a admis dans un document confidentiel qu’il savait que les politiques d’austérité allaient inévitablement provoquer un désastre économique et une explosion de la dette.

Conclusion

La Grèce a commis des erreurs ces dernières années et décennies, c’est une évidence. Mais qui a commis ces erreurs, qui est en responsable et qui en a profité ? Certainement pas la majorité des citoyens mais bien une minorité privilégiée ainsi que les dirigeants politiques corrompus des gouvernements précédents. Il n’est donc pas acceptable de faire payer à la population le prix de ces erreurs et une dette dont elle n’est pas responsable et dont elle n’a pas profité. Ajoutons que cette dette est d’autant plus impayable que, comme la Commission pour la Vérité sur la dette (voir encadré) l’a démontré dans son rapport préliminaire, une grande partie de celle-ci est illégale et illégitime.

Grèce et Union européenne : le « coup d’État financier » du 13 juillet 2015. le capitalisme néolibéral et l’annulation des dettes souveraines

vendredi 20 novembre 2015, par Claude Calame *

Après la Grèce : quelles leçons pour la gauche européenne ?

vendredi 20 novembre 2015, par Thomas Coutrot *, Pierre Khalfa *

partager, résister, l'alternative