Qui casse l’hôpital public?

l’étrange Noël du CHU de Nantes

L’étrange coïncidence: l’arrêt de la grève des urgences le 8 décembre 2019 à Nantes avec la nomination de son directeur M. Sudreau à l’IGAS les jours qui suivent….

https://www.ouest-france.fr/pays-de-la-loire/nantes-44000/nantes-fin-de-la-greve-des-urgences-on-doit-arreter-pour-le-bien-des-equipes-et-des-patients-78547d3e-1a71-11ea-857f-8e148c88ac6d

https://www.ouest-france.fr/pays-de-la-loire/nantes-44000/chu-de-nantes-en-six-ans-cree-plus-de-600-emplois-6655231?connection=true

Il prendra ses fonctions le 6 janvier; quelques perles dans l’interview:  » Le CHU, c’est 12 500 personnes (180 métiers différents), 80 services de soin et une logistique incroyable, comme dans une usine. On l’oublie un peu. J’entends rendre hommage aux équipes exceptionnelles du CHU.  » puis quelques lignes après le naturel revient au galop:

 » Pour autant, des médecins de la base ont le sentiment de ne pas être écoutés ?Il y a ici plus de 1 000 praticiens hospitaliers titulaires. C’est la difficulté du terrain de jeux, qui est constitué de 80 services. »…

l'hopital public le 17 décembre
Rassemblement à Paris le 17 décembrehttps://www.interurgences.fr/2019/12/31029/

https://www.google.com/maps/d/u/0/viewer?mid=1QuZ2EogIgvffjcNC_-w4C22LUsgsUPoM&ll=46.91304094144026%2C4.492776590610106&z=6

Comment créer de toute pièce une crise de l’hôpital public? une crise des urgences?

1ère action: vous enlevez la gestion paritaire salarié/patronat de la sécurité sociale, vous la mettez sous l’égide de l’État.

2ème action: il y a trop d’impôts, il faut les baisser, vous supprimez par exemple le CICE que vous transformez en allègement de charges patronales (au passage vous entendez bien « charges patronales » mais non cotisations sociales).

3ème action: moins de cotisations sociales, 20 milliards en moins, comment augmenter le trou de la sécu (ou de l’État) sous les applaudissements… (Cet allègement devrait être compenser par l’état, serait-ce par une augmentation de l’impôt? de la TVA?) comment fait on pour les hôpitaux?

Mais: « C’est une information passée sous les radars à la rentrée 2018 : le gouvernement cessera, à partir de 2019, de compenser intégralement au budget de la Sécurité sociale les exonérations de cotisations sociales qu’il lui impose. Une mesure injuste, inefficace, et qui menace l’existence même de la Sécurité Sociale (la Sécu). » (Blog France Insoumise). Jean-Claude Mailly l’a évoqué sur BFM le 29 novembre 2019 le fait que l’Etat ne compense plus ces allègements.

Autrement dit: au moment où la sécu sort du rouge, on lui remet la tête sous l’eau:


Les baisses de cotisations représentent un total de 46,5 milliards d’euros en 2018, et atteindront plus de 72 milliards d’euros en 2019, après la transformation du CICE en exonération de cotisations sociales. Jusqu’à présent, l’Etat compensait ces exonérations. Un euro offert aux employeurs était compensé par un euro de l’Etat, via les impôts. Ainsi, l’Etat garantissait que la Sécurité sociale continue à indemniser les malades, les retraités, les chômeurs et les accidentés, malgré une baisse de ses recettes (pour rappel, les cotisations sociales représentent 56% des recettes de la sécurité sociale). Dit autrement, pour financer les cadeaux faits au MEDEF (qui ne verse plus ces cotisations sociales, et reçoit bien plus d’argent par ce biais que les petits employeurs), l’Etat, par l’intermédiaire de vos impôts et vos taxes, versait à la Sécu un montant équivalent à ces cadeaux.
A compter de 2019, plus de 72 milliards d’euros seront offerts aux actionnaires, soit l’équivalent du budget de l’Etat consacré à l’« enseignement scolaire ». Mais en plus, avec la non-compensation systématique, le budget de la Sécu est directement menacé.

https://lafranceinsoumise.fr/2018/09/12/la-secu-braquee-par-le-gouvernement-a-vos-frais

4ème action: chaque année on baisse ce qui est alloué aux hôpitaux au regard de l’augmentation naturelle des besoins…

5ème action: après la suppression des hôpitaux de proximité, et l’absence de médecins, comme solution aux urgences en crise, il est proposé aux urgences de recevoir un forfait pour chaque patient que les urgences refuseraient (Hippocrate où es tu?): le forfait de réorientation. C’est bien une mesure des technocrates gestionnaires, ces intouchables qui gèrent la santé en France, ceux là même qui propose la suppression des Aide Médicales d’Urgence aux plus démunis.

Qui creuse le trou de la Sécu?

Nous en sommes en droit de se le demander: lorsque vous entendez « allègement de charges » il faut mettre en face « trou de la sécu » ou « retraites en déficit » parce que c’est le même processus. Mais ce n’est pas tout.

Chaque année, le rapport annuel de la Cour des comptes sur l’application des lois de financement de la Sécurité sociale, conduit à une explication tout à fait différente.

« Ce rapport mentionne que la fraude aux cotisations imputable aux entreprises a doublé en huit ans. Elle représente un manque à gagner de plus de 20 milliards d’euros, en 2012 (cotisations sociales, CSG, CRDS, Unedic et assurances complémentaires obligatoires), alors que le « déficit » était de l’ordre de 19 milliards. Autrement dit, si l’ensemble des cotisations dues avait été effectivement versé par les entreprises assujetties, notre bonne vieille Sécu serait en excédent malgré le ralentissement économique préjudiciable à l’équilibre des comptes sociaux. Il est surprenant que les médias aient peu développé cette information.


* Jacques Grolier est maître de conférences à Rennes 1. Directeur du master Économie et gestion des établissements sanitaires et sociaux. (2014: https://www.ouest-france.fr/reflexion/editorial/point-de-vue-secu-un-trou-creuse-par-des-entreprises-indelicates-2924820)

La solution viendrait-elle du secteur privé? oui si elle payait ses cotisations.

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